A la mémoire de mon père, amoureux de la langue française

Présent

 

Le présent est mortel, il appelle l'avenir

Dès lors qu'il est présent, il devient souvenir

Il s'invite et, fugace, il se joue à plaisir

De passer dans nos vies, sans qu'on le puisse saisir

 

Le présent est fidèle, il ne nous trompe pas

Toujours au rendez-vous, parti il reviendra

Il est présent ici, il est présent là-bas

Quels que soient nos caprices, partout il nous suivra

 

Le présent est rebelle, il se moque bien des lois

Qui condamnent le passé, pour respecter le droit

Emprisonnent le futur, parfois pour de longs mois

Mais lui file à l'anglaise, s'échappe à chaque fois

 

Le présent a des ailes, il aime s'envoler

Vers les enfants naissants, pour venir les saluer

Vers les vieillards mourants, pour venir retrancher

Il est bon et méchant, aimable ou sans pitié

 

Le présent a kyrielle, d'histoires en même temps

La vie de tous les hommes, dirige à chaque instant

Les sages et les fous, les pauvres et les puissants

Font de son quotidien, quelque chose de changeant

 

Le présent est cruel, car il nous laisse amer

Tant vite sont consommés, les bonheurs éphémères

Et quand le malheur frappe, se montre bien austère

Remet en nos mémoires, les plaisirs de naguère

 

Il file la venelle, quand on a cru trouver

Le bonheur recherché, et qu'on y veut goûter

Il stagne et l'on demeure, comme dans l'éternité

Quand pour notre malheur, on l'a laissé filer

 

Le présent vient et mêle, aux détours des chemins

La trame des passants, et forge leurs destins

Il est très cachotier, pas même les devins

Ne peuvent imaginer, ce que sera demain

 

Le présent fait querelles, aux ordres établis

Il renverse les usages, et les plonge dans l'oubli

Il impose à chacun, la peine pour le fruit

Le travail est sans fin, pour conserver la vie

 

Le présent irréel, miroir des rêveries

On peut s'y enfermer, pensant être à l'abri

Mais le présent rappelle, refusant le déni

Que derrière un miroir, le danger se tapit

 

Le présent solennel, que l'on veut voir passer

De sa même ritournelle, vient pour nous ennuyer

Les saisons perpétuelles, qu'il part ressusciter

Inscrites comme un rituel, reviennent nous enchanter

 

Le présent éternel, tous n'ont pas ce désir

Quand le mal fait demeure, et souffle son martyr

Quand la mémoire s'efface, qu'a t-il à nous offrir ?

Le  présent immortel, naît juste pour mourir

Sylvain Soufflet  

 

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